Musée de Faro
Portugal - Mai 2004"Je ne veux pas me priver du plaisir de découvrir, je ne veux pas savoir où mène le chemin, ni même savoir si c’en est un ".
Jean Leppien
Si l’on ne comprenait pas la nécessité de synthèse qui fait,
à propos d’Orépük, écrire au rédacteur du Bénézit :
"Il opte dans ses compositions pour quelques formes élémentaires et des couleurs pures, provoquant d’infinies variations", on y trouverait une fois de plus écho de la place secondaire que le goût français concède à l’Art Construit
et du fait que l’Histoire n’a pas su retenir la dimension sociale et humaine dont il est empreint et ne l’a, le plus souvent,
considéré qu'en tant qu’expression de l’esthétique pure. Infinies variations !
C’est à croire que l’artiste prend ses formes, ses lignes et ses couleurs, brasse le tout et les combine de façon plus ou moins aléatoire, avant de recommencer toujours et toujours à faire de l’assemblage.
C’est en exclure à tout jamais le véritable sens.
Non, Orepük ne recherche pas d’infinies variations !
Il pratique un art profond et total, à la fois dessin et peinture fonctionnant, comme il le dit, avec un système simple :
le rapport entre une surface et une ligne. "Je peins la ligne et toute la surface prend sa signification. La couleur sensibilise la surface".
Ses œuvres sont comme l’homme : franches, sensibles et directes, équilibrées, légères, puissantes, poétiques, de lecture simple et immédiate, et le regard n’en finit pas d’apprécier l’équilibre subtil et fort des combinaisons et des échanges.
Voici une nouvelle facette des "Peintures jaunes" qu'il pratique
et développe depuis 2000, une autre confrontation du rectangle et du carré, un nouveau dialogue du noir, du jaune et du blanc, avec, à l'occasion de cette exposition, le jeu de profondeur entre les toiles et le mur où les formes et les surfaces existent à l'état natif, qu'il suffit d'isoler par le trait d'un crayon.
Lorsqu’il se trouve devant une œuvre d’art, le spectateur a l’habitude de s’interroger sur sa raison d’être et sur l’histoire de son élaboration.
Pourtant, en regardant le travail d’Orepük, moi, je ne pense à rien.
Il y a un déclic, une émotion, un moment d’équilibre et de surprise d’où naît une vérité qui se renouvelle aussi souvent que se répète mon regard. Quelque part il a dit : "Mon rôle est d’apporter le rêve, de créer des images pour faire plaisir aux gens. Je ne suis pas là pour faire penser". Lorsque je regarde son travail,
je ne cherche pas d'explication : je suis.
Jean-François Garmier
Conservateur de musée
le 22 02 04